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La fièvre jaune

Publié le par Low Ik

Laurent porte les stigmates de la manif. Le visage ensanglanté. Le corps épuisé.

La pluie fine de janvier lui rafraîchit les idées. Petit à petit, pas à pas, la pluie se mue en brouillard.

L'épaisse fumée blanche s'invite jusque dans son salon. Laurent a l'esprit embrumé. Son âme divague.

Il a choisi de n'offrir aucune résistance face à la force de leur violence. Face à la farce de leur violence.

Laurent veut mettre de l'ordre dans sa vie. Il craque une allumette. La jette sur la moquette. La température commence enfin à monter. Il prend sa veste et abandonne tout le reste.

Sur le trottoir, Laurent regarde sa vie partir en  fumée. "Cela faisait un bon moment qu'il y avait le feu chez moi", pensa-t-il. De l’ascenseur social, il ne restera que des cendres.

Laurent est sans domicile fixe. Il rejoint le clan des âmes errantes. Il choisit de vivre selon une seule condition: la condition humaine. Il sait que ce mode de vie comporte des aléas. Laurent n'a plus à rien à perdre. Il est une bombe à retardement qu'il sera bien difficile de désamorcer.

Laurent rentre dans un bar, se pose au comptoir. Ce soir, les cocktails ne seront pas molotovs mais fruités, acidulés. Il veut noyer son incendie. Sur le siège d'à côté, Philippe est soumis au même sort.

Philippe est policier. Il est gardien de la paix. Il est une force de l'ordre mais ce soir, dans son coeur, c'est le désordre. Il aime son métier. Il souhaitait défendre l'honneur de la nation. Il protège aujourd'hui l'horreur d'une poignée d'égoïstes qui ne reculent devant aucune abomination.

Accoudés au comptoir, les deux hommes ont laissé les costumes au vestiaire. Point de gilet jaune ni d'uniforme. Entre eux, un dialogue commence. Ils partagent leurs peines et évacuent leurs haines.

De leurs êtres incandescents se dégage une douce lumière. Ils créent des liens d'amitié et maintiennent en vie la flamme de l'espoir. Les opposés s'attirent, paraît-il. Ce soir, deux opposés se sont rapprochés pour former un bloc entier.

Laurent et Philippe se retrouveront à la prochaine manif. Ils savent qu'ils feront plus attention à l'autre  car ils ne sont plus des ombres maintenant. Ils sont des "quelqu’un". 

Camarades d'un soir, compagnons de galère, les deux hommes entrent sur la piste. La lumière disparaît. 

C'est le moment de l'entrée des artistes. Aidés par la musique, leurs coeurs battent à l'unisson. Les sourires s'affichent. 

Compagnons de douleur, Philippe, le policier épuisé, offre à Laurent la douceur de son hébergement. 

Philippe a lui aussi le blues. "Le blues des bleus", ironisa Laurent. Sourires. Silences...

Philippe pense que tout cela doit cesser. Demain, il sera à l'arrêt.

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