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Enfermés dehors: le confinement

Publié le par Low Ik

Jusqu'ici, tout allait bien.

Affalé dans son canapé, Josh écoutait les actualités.

-Le virus est loin. Il n'y a aucun risque de contagion. Tout est sous contrôle. Voilà ce que répétait sans cesse le présentateur du journal télévisé. Ministres, présidents, tous les gens compétents reprenaient en choeur le même serment.

Josh pensait grâce à sa télévision. Ce soir-là, Josh dormit profondément.

Il fit des rêves merveilleux. Des rêves de gens heureux. Des rêves à n'en plus finir.

Josh vivait seul dans son appartement. Josh abritait un univers entier dans son coeur.

Josh vivait au coeur de l'univers.

A l'autre bout de la Terre, un petit virus se sentit vexé. "Je ne suis pas petit, je suis loin, se dit-il. Je vais leur faire voir de quoi je suis capable. Je ne suis pas petit, je suis loi. Je vais faire ma loi ici bas."

Cette nuit-là, le petit virus prit le bateau, l'avion, la voiture. Il parcourut le monde en un éclair.

Au petit matin, Josh entendit les oiseaux chanter dehors. Le soleil était déjà levé. Une lumière douce illuminait la chambre.

Lentement, langoureusement, la lumière raccompagnait la pénombre vers la sortie.

 Il était temps de s'activer.

Reprendre le rythme, les habitudes, les routines...

Il prit son petit déjeuner devant les informations télévisées.

-Le président a parlé: il est impératif de rester chez vous, affichait une banderole sur l'écran de TV.

Comment cela était-il possible? 

Josh, que ses amis appelaient Jo, regarda par la fenêtre. Un voisin bien charmant voulait faire sa connaissance:

Ca fait toujours chaud au coeur le contact entre voisins.

Il apprit par ailleurs que son voisin était traiteur:

 

 

Josh rentra et finit son petit déjeuner.

La nouvelle l'avait  assommé. Toute la matinée, il tourna en rond dans son salon. Son appétit semblait avoir disparu. Le temps semblait s'être arrêté.

Josh vivait seul mais avait beaucoup de mal à être seul avec lui-même.

17h...Il jeta à nouveau un oeil par la fenêtre. Son voisin faisait un footing sur son balcon en chantant des chansons. Ce voisin avait l'air d'avoir des poumons en bonne santé mais son cerveau paraissait bien amoché.

Les secondes, les minutes, les heures, les jours se suivirent.

Les secondes, les minutes, les heures, les jours se ressemblèrent.

Les habitudes, les routines disparurent.

Peu à peu, la folie envahit son quotidien.

Tant qu'à être enfermé, autant que ce soit un bon moment.

Cette rupture dans son quotidien lui permit de prendre du recul sur sa vie.

Il fit son bilan. Enfermé dans son appartement, il saisit cette chance pour partir à la découverte de son intérieur. Cette pause imposée lui permit de s'extraire de l'espace et du temps pour revenir au présent.

A cause de ce virus, l'autre devenait un danger. Etait-ce la matérialisation de pensées bien trop souvent répétées?

Enfermé dans son appartement, Josh purgeait ses peines. 

Enfermé dans son appartement, Josh réalisait que la ville avait toujours était fantôme.

Qui étaient tous ces gens qu'il croisait chaque jour? A combien avait-il adressé un regard, un sourire, un mot gentil, un merci?

Au plus profond de sa détresse, niché à proximité de la paresse, se trouvait le refuge de la sagesse.

Il commença à trier ses armoires. Il évacuait tous les vieux dossiers.

Il faisait de la place à l'intérieur.

Plus il s'enfermait, plus il s'allégeait.

Le compliqué devenait simple.

Cet enfermement le marqua profondément...profond aimant.

Il voulait savourer la vie, profiter de chaque instant.

Josh finit par laisser jaillir sa belle lumière.

Il devint un repère, un phare pour ses amis qui traversaient des tempêtes dans leur vie.

Il devint une attache pour les âmes égarées.

Puis, un jour, la nouvelle fut annoncée: le confinement était terminé.

Josh  alla dans sa salle de bain et sourit en voyant une affiche qu'il avait collée au mur:

 Il se regarda dans le miroir mais son reflet avait disparu.

Il resta muet face à ce qu'il voyait.

Son voisin, l'espèce de taré, lui souriait en le regardant dans les yeux.

Pire encore, ce reflet se mit à lui parler: "putain, t'as mis du temps à te lâcher!"

Josh s'assit un instant sur le bord de sa baignoire, le temps de reprendre ses esprits.

Ses bras, ses mains, ses jambes, son corps, son être, tout avait changé.

Josh avait changé. Il était un autre maintenant.

 

 

Les révolutions sont parfois silencieuses.

Les révolutions sont parfois insidieuses.

Les révolutions sont permanentes.

C'est le Soleil qui me l'a dit.

 

Peu après cette pandémie, un nain de jardin porta plainte contre le vilain virus: "Il m'a piqué mon slogan l'enfoiré!!! Je ne suis pas petit, je suis loin, c'est de moi". Voilà ce qu'il déclara à la juge chargée d'instruire le dossier.

-C'est pas la taille qui compte, lui répondit elle.

-Oui mais Mme la juge, le slogan....

-Ta gueule ou je t'enferme à Fort Boyard.

-Ok ok, acquiesça timidement le nain.

Affaire classée.

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